Médiapart : Le «nucléaire sale» d'Areva au Nord Niger
Le collectif Tchinagen dénonce les méthodes d'extraction de l'uranium par la société Areva dans la région d'Agadez, qui menaceraient la survie
des populations locales.
Une région du monde victime de ses richesses. C'est ainsi qu'est décrit le Nord Niger par le collectif de solidarité franco-nigérien Tchinagen [2], qui organisait, mardi 25 mars, une conférence
de presse à l'Assemblée nationale.
En cause, l'extraction d'uranium et Areva, la société française qui exploite une partie des gisements nigériens depuis quatre décennies dans la région d'Agadez.
Une entreprise coupable, selon les membres du collectif, de détériorer l'environnement et de pousser les habitants de ces régions à l'exode, sur fond de guerre avec l'armée nigérienne. C'est en
tout le constat d'Issouf Ag Maha, élu de la commune de Tchirozerine :
Le problème de l'eau
Spoliation des terres autour de deux sites d'exploitation minière d'Arlitt et d'Akokan, contamination de l'air par des gaz radioactifs,
destruction de la faune et de la flore... Aux nombreux griefs émis par le collectif s'ajoute la contamination des ressources en eau, essentielle à la vie dans cette région désertique, comme
le précise l'élu nigérien Rhissa Fletou, introduit par Noël Mamère, député-maire (Verts) de Bègles :
Areva dément
Outre les pollutions dues à l'extraction de l'uranium, la raréfaction de l'eau demeure un enjeu critique dans cette région habitée par une
population nomade qui vit essentiellement de l'élevage de bétail. Selon les projections scientifiques énoncées par l'hydrogéologue Alain Joseph, l'une des deux grandes nappes fossiles de la
région a d'ores et déjà épuisé 70 % de ses réserves. Deux nappes qui n'existeront plus, « au mieux », en 2050. Toute vie sera alors devenue impossible dans la région.
Mise en cause dans ce dossier, la société Areva dément toute pollution et publie sur son site Internet [3], à grand renfort d'images et de
graphiques, un dossier de presse sur ses activités au Niger. Un démenti avait déjà été publié [4] sur le site du groupe après la diffusion le 25 avril 2005 sur Canal plus, dans l'émission «
Lundi investigation », d'un reportage sur le Nord Niger. L'absence, à ce jour, de toute étude d'impact de l'extension de zones d'extraction d'uranium sur les populations locales au Nord Niger ne
contribue cependant pas à clarifier l'avenir d'une région clé du développement d'un des pays les plus pauvres de la planète [5].
Par Pierre Puchot
Publié sur Médiapart le 26/03/2008