8 décembre 2008


L’épisode « maladie de Tandja », quelle leçon ? 


L’enthousiasme et la satisfaction avec laquelle la majorité des Nigériens a accueilli la nouvelle relative à l’évacuation au Maroc du président Tandja est symptomatique du malaise politique qui couve au Niger en ce début d’année électorale.
Les rumeurs les plus affolantes ont été véhiculées au grand soulagement des Nigériens. Le silence observé par la classe dirigeante face aux commentaires confectionnés ça et là au sujet de l’état du vieux nous donne enfin la preuve que Tandja est plus craint qu’aimé par ses propres partisans.
« Stade final d’un cancer du foie » selon certains, « prostate mal soignée » pour d’autres, il n’est nul doute qu’on ne saura pas, du moins pour l’instant, ce qu’il en fut réellement. « Evacué d’urgence », rapportent certaines informations, « partis pour des contrôles médicaux prévus de longue date » prétendent les proches du régime, nous restons également sur notre faim.
Un flou artistique est savamment entretenu par la classe politique car de toute évidence celle ci garde jalousement le secret par crainte de semer le doute dans l’esprit du citoyen mais aussi par peur de s’attirer les foudres du tyran.
En tout état de cause, l’absence momentanée du président nous aura permis de mettre à nue des évidences jusque là subtilement dissimulées.

1- Les partisans de Tazartché

Cette nébuleuse à la tête de laquelle se distingue le tristement célèbre Yahaya Yandaka, gouverneur de Zinder, navigue désormais à découvert. Les Nigériens ont compris que ces agités politiques sont plus soucieux de leur sort dans l’après Tandja qu’un quelconque devenir du peuple et de la nation. Il suffit de connaître les personnages et leur fonctionnement pour s’en convaincre. Quant aux éternels courtisans de la villa verte à la tête desquels trône l’infatigable Kazelma, la semaine marocaine aura été cauchemardesque. En effet, ces spécialistes de la formule « le roi est mort, vive le roi » étaient déjà prêts à faire allégeance au prochain favori pour lui témoigner leur dévouement et leur sempiternel « soutien inconditionnel ».

2- L’opposition politique

Les ex animateurs de l’opposition politique, quant à eux, étaient tétanisés par la crainte d’une fin brutale du régime Tandja, car cela sonnerait le glas d’un deal méthodiquement ficelé sur le dos des Nigériens. Ils redoutent à juste titre une recomposition de l’ordre établi qui a fait d’eux les favoris de 2009, position obtenue en échange de leur complicité sur les agissements de Tandja. Ils redoutent également la libération de Hama Amadou devenu figure emblématique de la seule opposition politique nigérienne. Profitant de son arrestation pour se réorganiser politiquement, Hama apparaît ainsi aux yeux de la jeunesse comme une alternative crédible de changement.

3- Conflit armé au Nord

Le MNJ s’est réjouit sans ambiguïté de la fin du tyran qui pour des raisons jusque-là occultes a orchestré et favorisé la naissance et le développement du conflit armé au Nord.
C’était également un « Ouf » de soulagement poussé par les populations d’Agadez qui voyaient là comme par miracle la fin inespérée de son calvaire.
Adieu l’espoir de paix et d’unité nationale avant 2010, car Tandja est bien portant. Sans oublier qu’aucun mouvement sérieux n’acceptera de se compromettre en négociant avec un régime finissant.

En attendant, Tandja est rentré apparemment en parfait état de santé, une bien triste réalité que les Nigériens se doivent d’admettre. L’incident a pour l’heure permis de voir clair dans les motivations profondes des différents acteurs de la classe politique et de se rendre compte avec amertume de la place qu’occupe la politique dite « alimentaire » sur l’échiquier national.

Les partisans de Tazartché ont reçu une douche froide et se doivent désormais de réfléchir avant d’agir. Est-il cohérent de se compromettre pour un homme en fin de parcours ?
Seuls des personnages comme Yandaka, instituteur à la retraite devenu l’inamovible gouverneur de région, et qui doivent leur existence politique à la personne de Tandja, peuvent se permettre de tels sacrifices.
Les crises internes qui secouent tous les partis politiques sont la preuve du ras-le-bol des populations nigériennes.
Le comportement égoïste et égocentrique des leaders politiques tranche désormais avec le discours engagé et progressiste sur lequel est bâtie cette première génération des partis politiques de l’après 1990.
Nous voilà donc à nouveau dans l’impasse en espérant voir naître une révolution nigérienne, et cette fois « pour de vrai ».

Issouf Ag MAHA
Maire Tchirozerine

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