2 décembre 2007

« Je n’ai rien fait de mal … »

« Merci pour votre compassion, votre sagesse et votre marque d’intérêt. Je tiens cependant à vous préciser que moi je ne négocierai pas car je n’ai rien fait de mal . »

    Voilà la réponse que le Président Tandja répète en véritable refrain à tous ceux qui, soucieux de l’avenir du Niger et de la dégradation du tissu social et économique, intercèdent auprès de lui en faveur d’un retour à la Paix.
    Ce refrain qui du reste mérite une analyse approfondie, est révélateur de la navigation à vue qui caractérise la gestion politique du Niger d’aujourd’hui. Au regard de l’état de guerre et de désolation dans lesquels sombrent le pays depuis quelques mois, plusieurs interrogations se posent aux yeux des citoyens : Monsieur Tandja est il inconscient de sa réalité de père de la nation ou confond-il sa personne et son statut de Président de la République ?
    Voilà sept ans que le colonel trône à la tête du Niger et c’est d’une naïveté enfantine que de penser qu’il n’a fait que du bien à l’endroit de son peuple. Sépare-t-il par moment son action personnelle en faveur de ses amis politiques et l’action de son régime durant les sept années de son règne ?

    Revenons aux faits qui sont d’actualité aujourd’hui.

    Février 2007, le Niger a appris avec stupéfaction l’attaque d’Iferouane par les hommes armés avec le résultat que l’on connaît. L’action a été présentée par ses auteurs comme un avertissement relatif à la non application des accords de 1995, application qui incombe à l’Etat. L’administration étant une continuité, il est évident que c’est au gouvernement en exercice que revient la mise en œuvre des clauses des accords, fussent-ils signés par une autre équipe, sous une autre République.
L’expression simple et innocente « je n’ai rien fait de mal  » est d’autant plus inquiétante que le Président Tandja a vu dans l’acte rebelle  un affront personnel.
Il est normal que lorsque l’ego prend le dessus sur les fonctions d’homme d’Etat on devienne un danger publique, un péril pour la nation.
C’est dans cette logique implacable que l’Etat intime en permanence à ses démembrements d’inciter des manifestations en tout genre pour soutenir « le Président de la République dans sa démarche de sauvegarde de la nation ». La population concernée quant à elle voit venir comme une fatalité divine la catastrophe vers laquelle elle s’achemine désormais.
Niamey, centre décisionnel de la politique se rend compte de la réalité et des changements d’options opérés par l’exécutif. Ces changements intempestifs de plans d’action sont symptomatiques d’une classe politique en mal de conviction.
Est-il nécessaire de rappeler et de dévoiler l’esprit d’opportunisme qui anime nos différents hommes d’Etat ?

Mahamane Ousmane président de l’assemblée nationale :
Sa formule magique lui permet de saisir sans difficulté le rôle bien convoité du faiseur du roi, le rang du 3ème dans la course au palais. Une fois cette étape franchise, il importe de mettre les chances de son côté en misant sur le favori. La victoire sera collégiale et le gâteau sera posé à équidistance sur la table commune. Le président Ousmane aime bien passer son temps à ce monopoly bien porteur. Son poste de directeur du BOM (Bureau d’organisation et méthode) l’a sans doute bien préparé à cet exercice. Il a pour principal atout un électorat fidèle, malléable à merci. La masse haoussa qui voit en lui le leader incontesté au service de cette cause consistant à sortir enfin de la domination ouest, héritée de la colonisation française. L’ouest et ses officiers le voyaient bien venir avec son AFC (Alliance des forces de changement) à la tête de sa foule déchaînée avec ses haches et ses gourdins multiformes.
A la faveur du déclic mitterrandien de la Baule, Ousmane a été consacré premier d’une dynastie hélas écourtée. La nébuleuse s’est rendue compte de la réalité et se contente désormais d’assurer sa place dans cette ombre qui donne accès aux prébendes nationales. Son silence troublant devant le péril qui guette l’unité nationale est bien compatible avec l’ambition qui est désormais la sienne.

Mahamadou Issoufou ancien premier ministre, ancien président de l’assemblée Nationale et ancien chef de fil de l’opposition observe désormais une attitude toute aussi déroutante.
Deux fois malheureux finaliste, Issoufou a décidé de manière désinvolte de renoncer au rôle du « dindon de la farce ».
La réalité est du côté  du Palais qu’importe la manière d’y accéder. Cela s’appelle la bonne cause car,  après tout, c’est pour l’intérêt du peuple et de la nation.
L’occasion lui est donnée avec l’avènement du MNJ. Le Président Tandja ayant réalisé  la gravité de son erreur, cette erreur qui a consisté à espérer une victoire cinglante des Nigériens sur des Nigériens, tente de ratisser large pour avoir des soutiens tous azimuts. La porte est désormais grandement ouverte pour Issoufou qui ne tarie plus d’éloges pour le Président Tandja jadis qualifié par lui  de bidasse de base et piètre chef de canton. Obnubilé par l’espoir légitime de se voire confier la clé du palais par son premier opposant,  il se rallie sans tapage au régime qu’il est sensé combattre. Il devient complice actif de la remise en cause des acquis démocratiques et de la destruction rampante du tissu social de notre pays.

Pour l’instant, la guerre continue. L’offensive du Président en prélude à son discours à la nation du 18 décembre s’est soldé par un cuisant échec. Nos braves soldats vous en diront plus à leur retour à Niamey car ils en ont assez de s’entretuer avec leurs frères pour satisfaire les desiderata d’un homme qui met en balance son ego et la vie de ses concitoyens.
Désormais, les dés sont jetés. Le président Tandja n’a plus d’autres choix que de démissionner pour incapacité s’il veut sauver son honneur et sa parole.
Il en est de même pour toute cette première génération des politiques du Niger démocratique. Ils doivent passer la main pour permettre à d’autres Nigériens de mettre leurs compétences et leur engagement au service de la nation.

Issouf  Ag MAHA

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