ON TUE DES APATRIDES ! CIRCULEZ Y A RIEN A VOIR
Les derniers événements survenus dans l’Aïr traduisent clairement les objectifs du pouvoir de Niamey. Son comportement à notre égard en dit long sur l'épineuse question de notre
citoyenneté. En effet, comment expliquer qu'au moindre mouvement ou acte de révolte, même très circonscrit, la population civile est martyrisée, arrêtée et malmenée ? Comment encourager,
féliciter et récompenser des soldats de la république pour avoir tué et massacré des populations sans défenses, des honnêtes citoyens dont les impôts servent à payer armes et soldes des
militaires ? Comment, après cette expérience douloureuse, garder confiance en cet Etat qui nous dénie de tous nos droits ? Cet état qui missionne son armée pour envahir nos villages et
campements, tuer, torturer et humilier nos populations, brûler leurs demeures et leurs marchés, anéantir leurs biens et leurs troupeaux.
L’utilisation du terme “apatride” par le gouvernement nigérien dès le début du conflit trouve aujourd’hui toute sa signification. Ce terme qui justifie les actes perpétrés par une armée en
déroute et sans repères. Ce terme qui induit et peut légitimer un ethnocide. Ce terme qui, au sens moderne, juridico-légal, établit par la Convention de New York du 28 septembre 1954
définit: “une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation “. Ce terme qui s’applique à toute personne dépourvue de droits et de reconnaissances
culturelle. Ce terme qui n'existait pas avant la guerre de 1914-1918 qui vit se déchirer les nationalismes européens.
A cette époque, dans un monde de nations territoriales chauvines et expansionnistes, quand il n'y avait plus de lien entre un individu et un État, cet individu était relégué à une zone de
non-droit, même s'il puisait ses racines culturelles et territoriales à l'intérieur des limites frontalières de l'État-Nation. Ce terme qui est la source de tous les génocides, de toutes les
souffrances infligées aux peuples autochtones, la persécution des peuples nomades et des minorités, bref, l’incarnation du fascisme moderne. Ce terme qui servira de tremplin à l'élimination
juridique de tout « droit » qui ne soit pas octroyé par un État-forteresse, aux frontières policées et à la culture institutionnalisée.
Nous voilà face à un nouvel « État-Nation » indépendant, nommé: Niger, Etat qui expulse de la « patrie » ses habitants et avec eux le mode de vie le plus enraciné, la culture
la plus ancienne, l’ héritage historique le plus noble, en prenant soin de refuser aux nomades toute autre destination que la mort civique et culturelle.
L’élimination physique purement et simplement.
Le nord du Niger est riche en uranium. C’est une aubaine pour les multinationales et les puissances industrielles avides d’énergie propre au vent en poupe. C’est une manne inespérée pour
l’Etat du Niger et les populations éloignées des sites d’exploitation avides de devises fraîches encaissables à merci. C’est hélas un cauchemar pour les populations autochtones car l’enjeu rime
avec logique de guerre, la spirale de la violence, la spoliation des terres, la pollution des nappes, la destruction des airs de pâturages. Cette logique implacable qui détruira à jamais
l’économie pastorale, la seule adaptée à nos conditions de vie, à notre environnement. Cette logique infernale qui risque de compromettre à jamais la vie de toute une région, l’existence de tout
un peuple, de toute une culture.
Le comportement des FAN à Sakafet, Tamazlak, Tiden et Dabaga est symptomatique d’une nation en déconfiture, d’une armée sans valeur républicaine, d’un régime sans culture civique.
Issouf Ag MAHA
Maire élu de Tchirozerine.