Le gouvernement de la 5ème République a malheureusement réussi ce dont nous ont épargné les
différents régimes qui se sont succédés au Niger depuis les indépendances.
Même le régime brutal et dictatorial du
feu Général Seyni Kountché a su observer durant ses treize ans de règne une attitude humaine vis-à-vis du sacré.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Le régime du président Tandja a, on se le rappelle, annoncé la couleur dès les premiers événements de février
2007. Les populations locales, tétanisées par la crainte de voir surgir un nouveau conflit dont elles ont gardé un souvenir des plus cauchemardesques, ont vite plaidé pour la paix et le retour
du calme. Comme pour prouver à l’opinion que ceux qui ont par le passé opté pour la paix et l’unité nationale ne sont que des incapables, notre gouvernement s’est focalisé sur la manière forte
et a vite fait de semer la panique tous azimuts au sein de la population.
Les arrestations arbitraires, les tortures et les exécutions sommaires sont devenues une règle dans une région
désormais sous régime militaire.
Comme pour pousser le bouchon à l’extrême, nos autorités tentent une pratique d’un
autre âge, celle de conditionner l’opinion publique en semant la haine et le mépris.
On se rappellera toujours de cette conférence radiotélévisée animée par les tristement célèbres Nouhou Arzika et Ben
Omar et par laquelle les deux personnages ont tenté d’embraser le pays en faisant usage des moyens de l’Etat et des medias publics. Lors de ce débat précipitamment organisé, il a été
ouvertement proposé au peuple nigérien de se débarrasser pour de bon d’une partie de lui-même. Ils ont préconisé une épuration ethnique. 48 heures pour régler de manière définitive l’épineuse
question du Nord.
Par la grâce du tout puissant, le peuple nigérien, épris de paix et de sagesse, a volontairement évité
ce triste rendez vous de l’histoire.
Malheureusement, nous constatons avec beaucoup d’amertume que si l’Etat du Niger a échoué dans ses lamentables
provocations à l’endroit du peuple, il a réussi sa manœuvre chez les porteurs de tenue.
Ceux-ci, conditionnés et stimulés
par le caractère ethnique de la rébellion, (qualificatif que leurs responsables mettent en avant pour les dédouaner des actes immondes qu’ils leur permettent de commettre à l’égard de la
population évoluant sur le site du conflit), se donnent à cœur joie à des méthodes comparables à celles utilisées naguère au Rwanda par d'autres frères qui eux aussi vivaient pourtant en
harmonie.
Comment comprendre de nos jours,
qu’une armée républicaine massacre de paisibles citoyens dès lorsqu’elle croise ceux-ci en dehors des agglomérations ?
Comment comprendre que ces mêmes soldats soient récompensés et décorés par la nation à chaque fois qu’ils commettent des actes aussi
avilissants ?
Comment comprendre que des Nigériens soient conditionnés au point de se faire un plaisir à photographier des morts pour en faire la page de garde de leur téléphone ?
Comment comprendre que le régime de la 5ème république réussisse en moins de 24 mois à rendre
banale une telle barbarie ?
Comment comprendre que, malgré l’éducation religieuse et le patriotisme supposés de nos
soldats, l’image de la mort et du meurtre devienne à leurs yeux le symbole de la gloire et de la satisfaction ?
Comment
admettre qu’un régime qui se veut issu du peuple opère un tel lavage de cerveau à nos soldats au point d’en faire des machines de mort, prête à broyer leurs propres concitoyens, ceux avec qui
ils sont sensés partager le meilleur et le pire, l’assurance et le doute ?
Comment admettre que des hommes
politiques, pour la majorité profondément humains, observent un silence complice face à une aussi grave dégradation de nos valeurs morales et républicaines ?
Comment admettre que le gouvernement de la 5ème république veuille finir son mandat avec des mains maculées de
sang.
Comment admettre que l’homme à qui les Nigériens ont accordé leur confiance se complaise aujourd’hui dans la haine,
la désolation, la détresse et la mort d’une partie de son peuple.
Comment admettre que la communauté internationale et en
particulier la France, obnubilée par le souci de préserver ses intérêts au Nord-Niger, se rende complice d’actes contraires à la valeur et à la dignité humaine ?
Comment comprendre que, sous couvert de la souveraineté nationale, les pays amis, l’Union africaine et la CEDAO admettent qu’un homme aveuglé
par le pouvoir et la haine commette à travers son armée, des actes criminels qui seront de toute évidence jugés par l’histoire ?
Au nom des populations du Nord-Niger, j’accuse le gouvernement du Niger de meurtre de plusieurs centaines
d’innocents.
J’accuse la communauté internationale toute entière de complicité et d’indifférence à l’égard de
notre détresse et notre anéantissement.
Pour illustrer mes propos,
je livre à tous une de ces images qui circulent en véritables trophées sur les téléphones portables des militaires Nigériens.
