11 décembre 2007

Le Niger dans l’impasse

Voilà dix mois jour pour jour que le président Tandja ressasse son "je ne négocierais jamais" combien suicidaire pour le Niger.

Un regard rétrospectif des étapes qui ont émaillé ce conflit révèle deux postulats essentiels .
- 1/ Tandja et son équipe sont ils réellement incapables de faire face à la situation complexe dans laquelle ils ont plongé le pays ou alors sont ils inconscients de la gravite du contexte ainsi créé.

- 2/ Le conflit est orchestré à dessein dans le but de stigmatiser une communauté touarègue qu’il importe désormais de détruire vaille que vaille. Toute proportion gardée, la démarche rappellerait étrangement dans ce cas, l’attitude d’un Bush à l’égard d’une Irak Saddamienne , attitude qui consiste à imposer une guerre fatale à des paisibles citoyens sous prétexte d’une menace terroriste avec en toile de fond l’exploitation des ressources minières.

Face à un pays en proie à l’insécurité, à la ruine économique et à la déconfiture sociale voyons les réponses que le président et son équipe proposent au peuple.

- Une mobilisation des citoyens à travers l’administration territoriale pour lire des déclarations stéréotypées avec la sempiternelle expression "nous condamnons avec la dernière énergie…. apportons notre soutien aux forces de défense et de sécurité …" Déclaration acclamée par une brochette de partisans du régime devant laquelle trônent un gouverneur ou un préfet. Ceux là même qui du reste sont perçus en représentants du dominant par une population "locale" réduite à la soumission depuis des décennies.
- Communiqués incendiaires du porte parole du gouvernement qui prend en otage les médias d’état pour qualifier d’apatride, de trafiquants et bandits armés une frange de la population qui ne demande qu’à être écoutée.
- Rallier ses opposants les plus farouches en leur promettant la succession en échange de leur complicité dans cette œuvre de destruction nationale et de désolation générale.
- Accuser dans le tas les amis traditionnels du pays de soutenir des bandits armés dans la perspective de les intimider, menacer leurs intérêts pour s’assurer de leur silence voir leur complicité.
- Museler la presse en utilisant la corruption l’intimidation et l’arrestation des journalistes afin de rendre tabou une question de survie nationale.
- Prétexter la naissance virtuelle d’une république Touarègue pour semer le germe de la division de la haine et de la guerre civile
- Décréter l’état d’urgence afin de donner à une armée ethnique le moyen "juridique" d’arrêter, torturer et assassiner des citoyens sans aucune forme de procès. -Déclarer avec éclat devant le corps diplomatique accrédité au Niger la fin sous trois semaines du conflit par extermination pure et simple des résistants au régime.
- Missionner en grande pompe une armée nationale chargée de tout détruire sur son passage en se comportant en troupes d’occupation pour semer la terreur et la désolation.

Résultat de cette orchestration

- Les déclarations radiotélévisées ayant montré leur limite sont désormais une technique dépassée
- Les gesticulations du porte parole du gouvernement découlant plus d’un zèle visant à plaire à l’employeur suprême que d’une conviction intellectuelle et politique, se sont révélées improductives.
- Le Niger renoue avec le parti unique, la censure, la dictature et le régime policier du style Kountché sans que les Nigériens s’en plaignent outre mesure.
- La grande offensive sur Tézirzet s’est soldée par un cuisant échec. Les troupes du colonel se sont contenté de leurs IAT (Indemnités d’absence temporaire), massacrant au passage des civiles sur le principe de la raison du plus fort (si ce n’est toi c’est donc un des tiens) mais sont rentrées sans la peau de l’ours solennellement annoncée aux ambassadeurs et officiellement promise à "la nation".

Suite logique des événements

Tandja a réussi à semer le doute dans l’opinion internationale en insistant sur des termes auxquels elle reste très sensible. A savoir : le trafic des stupéfiants, le banditisme et l’infiltration islamiste.

Il réussi à casser l’élan de la classe politique nationale grâce à une fâcheuse coïncidence de la revendication territoriale d’une Libye en mal de constance politique. Ce tableau infernal qui répond à la formule classique de "qui veut tuer son chien l’accuse de rage" a atteint ses limites.

L’option militaire qui a été son unique réponse à la situation vient de s’écrouler.Les partenaires qui ont misé sur l’exploitation des ressources minières s’impatientent.

Le drame humanitaire prend des proportions inquiétantes dans l’opacité la plus totale.

Le monde découvre petit à petit la destruction d’un peuple dont le crime originel serait d’occuper des terres riches en uranium. Le bateau Niger est en train de sombrer avec un commandant de bord qui opte pour la formule "après moi le déluge".

Seule issue salutaire, un sursaut patriotique du peuple nigérien.

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