11 avril 2008

QUESTION TOUAREGUE, QUELLE PERSPECTIVE ?

La politique d’intimidation, de répression et de dissuasion mise en oeuvre de manière systématique par nos Etats ne changera en rien la complexité du problème Touareg. Même si les états nations chauvins de leur intégrité ne peuvent  que s’accrocher à la logique nationale et républicaine ils ne sauraient occulter les réalités socio historiques des peuples qui les composent. La politique de l’autruche consistant à imposer une unité nationale artificielle et instrumentalisée et dont le postulat de base consiste à faire des particularismes sociaux un tabou, montrera toujours ses limites. Caresser le rêve d’uniformiser des peuples d’origines et de cultures différentes par la violence et la répression restera une chimère on ne peut plus préjudiciable à la création d’une nation appelée à relever les défis de la mondialisation. Le 21ème siècle et son organisation politique reste en revanche très attaché au caractère tangible et irréversible des frontières nationales. Doit on pour autant s’en tenir à cela pour ignorer  la réalité ?  Nos réalités culturelles, sociales et économiques ? Nos réalités ancestrales et historiques ? Nos réalités territoriales et politiques ?
A l'évidence ces réalités indiscutables rendent le problème Touareg difficilement gérables et ne pourrait nullement trouver de solutions par la seule logique de la force et de la guerre.
Au Mali comme au Niger, les accords de paix de 1995 ont consacrés un aspect fondamental des revendications touarègues, à savoir la décentralisation poussée, perçue à l’époque comme la formule intermédiaire entre autonomie de gestion et système pyramidal hérité de la colonisation. Consacrée par une constitution votée par référendum, la formule restera théorique et toute allusion à sa mise en oeuvre pourrait être répréhensible. L’amalgame est vite fait et nul n’osera dès lors s’attirer les foudres des autorités en réclamant un processus contraire aux intérêts du pouvoir en place. Il est bien évident en outre que la mise en oeuvre de la décentralisation telle qu’elle est prévue par la constitution nigérienne ne pourrait être la solution miracle dès lors qu’elle ne s’accompagne pas d’une réelle volonté politique, d’une réelle acceptation des composantes nationales avec leur particularisme et leur spécificité.
En tout état de cause, même si la gestion nigérienne du conflit avec le MNJ déconcerte les plus optimistes, même si  l’isolement de toute une région, le sacrifice de toute une population, la répression sanglante des  citoyens pose sérieusement le problème de notre place réelle  dans ces pays on ne pourrait attribuer ce conflit à une  volonté nationale.  Le fiasco serait la résultante d’une pure myopie politique. Une myopie politique  qui causerait ces énormes dégâts matériels et humains  par la seule logique de la formule Stanley MILGRAM. C’est également une grosse erreur  politique que de vouloir exploiter d'emblée l'intégralité des ressources minières dans le seul objectif de renflouer les caisses de l’état sans tenir compte des conséquences sociales et environnementales ni même songer à échelonner dans le temps le revers écologique qui en découlera.
Au delà de ces constats désolants, il   faudra bien regarder vers l’avenir et envisager  d’autres lendemains pour les générations futures. Ainsi, il s’avère indispensable d’internationaliser la question touarègue à travers l’ONU et ses institutions spécialisées, au travers les organisations africaines et au travers des coopérations internationales. La reconnaissance des peuples touaregs comme peuple autochtone pourrait être une alternative et un postulat de départ porteur de solutions durables et politiquement balisées.  Il est également indispensable que la communauté internationale sorte de sa vision souvent simpliste des questions ethniques en Afrique pour reconnaître que derrière cette logique se cache une réalité tout aussi déconcertante. Une affligeante réalité selon laquelle les communautés placées au sommet de la pyramide par la logique du nombre détiennent à leur guise l’appareil de l’état et sa force de frappe,  appareil dont elles peuvent faire usage à volonté dans le but de conforter leur position de dominant.  Sur le plan national, le recours à un statut particulier créant les conditions de mise en confiance des populations demeurera l’incontournable solution. De soubresauts en recommencements, l’état de belligérance restera endémique même s’il affiche un caractère sporadique. L'ampleur des conflits et des conséquences qui en découleront sera tributaire  des hommes  politiques qui en assureront la gestion, selon qu’ils acceptent notre statut de citoyen ou qu’ils voient en nous un corps étranger qui dérange et qu’il importe d’affaiblir à la moindre opportunité. La suspicion et les risques de dérapage  régneront,   telle une épée de Damoclès au dessus de nos têtes tant que les questions ethniques et régionales resteront taboues  au profit d’une nation imposée à coup médiatique. Les accords de paix signés après d’ultimes négociations et parrainés par des pays qui nous sont liés par  l’histoire et la géographie montreront toujours leurs limites tant qu’il n’ y aura pas une réelle remise en cause de nos rapports et qu’il  ne soit établie sur des bases saines et sincères une relation de confiance mutuelle entre fils du pays. Ils resteront lettre morte tant qu’ils ne seront pas soutenus par une réelle volonté politique de régler de manière pérenne la question de responsabilité des populations sur les régions qu’elles occupent mais aussi la prise en compte de l’ensemble des composantes nationales dans la gestion de l’appareil de l’état. Le recours aux pays amis comme médiateurs puis témoins et garants des accord de paix a hélas montré ses limites dans la mesure où, du fait  des souverainetés nationales ils n’ont aucun moyen de pression leur permettant de faire respecter les engagements pris.  Le point de blocage relatif à la démilitarisation des zones de conflit, qui refait surface à chaque processus de négociation traduit parfaitement  l’esprit de méfiance  réciproque. La mise en oeuvre par nos états de la  politique de la  terre brûlée dont souffrent en priorité nos populations civiles et dans la seule optique de rapport de force avant tout processus de paix, en remet toujours une couche sur le sentiment pour nous autres touareg d’être des citoyens de seconde zone. Ces logiques on ne peut plus déroutantes  décrivent clairement une  profonde crise de confiance  transmise de génération en génération et traduisent clairement la précarité de notre citoyenneté.

Issouf Ag MAHA
Maire élu de Tchirozerine

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